Statistiques de la délinquance

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La bombe d’Hortefeux dans le tiroir de Valls

Après la publication des statistiques, peu reluisantes, de la criminalité et de la délinquance pour les mois d’octobre et de novembre, certains ont cru bon imaginer que le ministre de l’Intérieur voulait “changer le thermomètre” destiné à effectuer ces mesures. Certes, celui-ci va évoluer. Mais Manuel Valls n’a rien voulu du tout ! En fait, il a trouvé le nouvel outil laissé derrière lui par son prédécesseur Claude Guéant et imaginé du temps de Brice Hortefeux, parmi d’autres dossiers en gestation. Ou plutôt sous son siège ! Car l’usine à gaz, que les spécialistes des statistiques de la délinquance et de la criminalité, qu’ils soient policiers ou pas, connaissent sous le nom de LRPPN3, est une belle bombinette. L’engin, tout théorique mais pas moins politiquement dangereux, a été laissé en plan pour exploser au nez des socialistes, dans le courant des premiers mois de 2013. “L’erreur de Manuel Valls aura été de ne pas le désamorcer dès sa prise de fonction, commente un membre du cabinet du directeur général de la Police nationale. Mais peut-être était-il gêné aux entournures, car l’un des principaux artisans du système, si ce n’est le seul, s’appelle Alain Bauer…”. Et celui que beaucoup considèrent comme le “pape de la statistique” est aussi ami avec l’actuel locataire de la place Beauvau, qu’il était lié avec les équipes Sarkozy. La mise en place de ce nouvel outil a été annoncée en janvier 2012. Puis, après une période d’essai, il a été mis en place dans les gendarmeries six mois plus tard. Les services de police en ont aussi été dotés, mais avec pas mal de ratées. Ainsi, un officier de police judiciaire d’un service d’enquête de sécurité publique, en province, explique : “Le logiciel est en effet en fonction depuis juin de cette année. En revanche, tout le monde ne l’utilise pas. Soit parce que les fonctionnaires n’ont pas encore été tous formés, soit parce que le système bogue encore. Dès lors, en tout état de cause, les statistiques ne peuvent donc pas encore être correctement élaborées à partir de ce logiciel. En conséquence, certains peuvent encore trafiquer les chiffres…” Et pas forcément pour les adoucir, comme s’était le cas avant.