Procès Charlie : tout sera-t-il évoqué à la barre ?

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Parlera-t-on des erreurs commises dans la protection de la rédaction du journal satirique et les dessous de la mort du policier Mérabet ...

Un seul de ses collègues a eu le courage d'écrire dans un rapport ce qui s'était réellement passé après l'attentat dans les locaux de Charlie, au moment où le gardien de la paix Ahmed Mérabet a décidé de se lancer à la poursuite des tueurs. Ce policier est une femme. Elle était le « chef de bord » de la voiture de patrouille conduite par ce dernier. À l'arrière avait pris place un « ADS », un adjoint de sécurité. La franchise de cette jeune femme lui a même été reprochée par des collègues, alors qu'elle était déjà dans un terrible état dépressionnaire, coupable qu'elle se sentait de n'avoir rien fait pour aider son ami.

Tout et n'importe quoi a été écrit à l'époque sur Ahmed Mérabet, notamment qu'il appartenait à la brigade VTT du commissariat du 11e. Il s'est trouvé jusqu'à une vieille dame pour raconter à un média qu'elle l'avait vu sauter de son vélo pour attendre les terroristes, planqué derrière un arbre... Ahmed patrouillait en voiture quand il a entendu le message d'alerte. Avec lui, V. un adjoint de sécurité et C. une gardienne confirmée d'une quarantaine d'années. Mais très vite, leur véhicule qui fait mouvement vers les lieux du drame est englué dans la circulation. Le policier l'abandonne alors et part à pied en courant. Sa collègue tente bien de lui faire emporter un gilet pare-balle, mais ce grand sportif est déjà loin. Ces deux collègues ne le suivent pas pour autant. « J'ai eu peur, je me suis caché, j'ai baissé la tête » a couché C. dans son compte rendu. Elle a été la seule à raconter ce qu'elle avait ressenti, fait et surtout... pas fait. Elle a été toute seule à l'exprimer, alors qu'elle n'est pas la seule à avoir laissé monter Ahmed Mérabet au feu, isolé. En réalité, l'unique personne qui a réagi, tandis que le policier gisait au sol mortellement touché, est un civil. « C'est un Français d'origine maghrébine. Il s'est rapproché d'Ahmed pour tenter d'effectuer un point de compression sur sa blessure la plus apparente, quand les deux tireurs étaient encore sur place », nous avait raconté un officier de la Préfecture quelques jours après les faits.

Charlie, une protection dérisoire

Plus tard, plusieurs policiers se sont étonnés que ce courage n'ait pas été récompensé. Leur hiérarchie leur a dit que le témoin avait un « passé judiciaire ». En fait, il semble qu'il se soit agi d'un fumeur de shit condamné pour sa consommation de drogue. La famille d'Ahmed Mérabet ne s'y est pas trompée au moment des obsèques de celui-ci. Sans lui demander son « casier », elle a invité cet homme à se joindre à l'hommage traditionnel qui lui a été rendu trente jours après son inhumation au carré musulman. La gardienne C. avait été si choquée de la mort de son collègue, mais aussi qu'il ait été laissé seul aux mains des assassins, que longtemps elle a été mise en « observation », tant l'administration craignait une réaction violente et désespérée de sa part.
L'autre volet « oublié » de cette terrible journée sera-t-il soulevé à la Cour d'Assises de Paris ? C'est celui de la surveillance des locaux et des employés de Charlie Hebdo. Tous les spécialistes de ce genre de mission le savaient : pour être efficaces, ils auraient dû se relayer à neuf fonctionnaires par 24 heures (3x3) pour protéger le directeur du journal, compte tenu des dernières menaces qui avaient été proférées contre lui. Autour de Charb ils n'étaient que deux, chacun leur tour. Franck Brinsolaro qui a été tué se « coupait en quatre » selon l'expression d'un de ses équipiers. Quant à la surveillance statique des locaux de Charlie, elle avait été remplacée par des patrouilles « dynamiques ». Même un syndicaliste avait insisté pour que le dispositif soit allégé ! Le jour de l'attentat, la voiture de police venait de passer. Celle qui s'est pointée ensuite a été obligée de fuir sous les tirs des assaillants qui se repliaient. Toutes les images télé le montrent...