Demain jeudi chez le juge, Monique Olivier risque bien de mettre Fourniret en difficulté dans l’affaire Mouzin

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"Je n'ai jamais reçu l'appel de Fourniret qui le disculperait" nous a toujours affirmé Jean Christophe le fils aîné du tueur en série

Depuis douze ans, l'alibi du tueur dans la disparition d'Estelle Mouzin aurait sans doute pu être facilement attaqué. Ainsi, lorsque le 10 août 2006 Michel Fourniret est amené au hameau de La Ramée à Bussy-en-Othe (Yonne) c'est pour tenter de retrouver les restes de l'une de ses dernières victimes, Isabelle Laville. Depuis des semaines le tueur joue avec les nerfs des parents de l'enfant, des magistrats, des policiers, des gendarmes et mêmes avec ceux de ses avocats. Il a accepté de collaborer aux recherches du lieu où il aurait abandonné le corps d'Isabelle, mais il ne trouve pas. Ou il feint de ne pas trouver...

Et ce n'est pas grâce à lui que le puit où il disait avoir jeté le corps, au pied d'un transformateur électrique, a été repéré. C'est grâce au maire du village dont la mémoire s'est éveillée à la lecture du journal local, narrant les recherches infructueuses. Et voici le tueur au bord du trou d'où les gendarmes ont extrait plus de 3 000 sceaux de gravats. Et là, selon un témoin qui a toujours voulu garder l'anonymat, après nous avoir rapporté ces faits, Fourniret va faire cette improbable déclaration : "Au fond du trou, vous trouverez un pull-over rouge". Mais Isabelle Laville n'a jamais eu de pull-over rouge ! Estelle Mouzin oui ! Elle en était même vêtue, le soir de sa disparition, le 9 janvier 2003 à Guermantes (Seine-et-Marne). Fourniret a-t-il voulu une nouvelle fois provoquer, ou s'est-il pris les pieds dans l'interminable liste de ses victimes connues ou encore à découvrir ?

Alibi

À cette époque, Monique Olivier n'accusait pas Fourniret de la disparition d'Estelle Mouzin. Les milliers de prélèvements effectués dans la camionnette du tueur en série n'ont jamais révélé d'ADN similaire à celui d'Estelle. La réflexion de Fourniret, au bord du puit d'où vont être remontés quelques restes d'Isabelle Laville ce beau jour de l'été 2006, va donc rester lettre morte. Et puis, Michel Fourniret a un alibi. Selon lui, le soir de la disparition d'Estelle, il téléphonait à son fils aîné Jean Christophe depuis la Belgique, pour lui souhaiter son anniversaire. Monique Olivier ne démentait pas. Certes, les relevés téléphoniques effectués sur la ligne de Sart-Custine, le domicile Belge de Fourniret, puis exploités par la PJ de Versailles, signalait bien cet appel. Mais le fils de Fourniret l'a-t-il reçu ? Fin 2007, il nous aura fallu plusieurs longs jours de recherches pour retrouver la trace de Jean Christophe Fourniret. À l'époque, il est employé dans un hôpital de son département de la grande région parisienne. Il a changé de patronyme depuis longtemps, il est marié depuis le 1er juin 1985, et père de deux petites filles âgées maintenant de 12 et 21 ans. Nous ne sommes pas les premiers à lui poser des questions. Avant nous, il a eu la visite de policiers de la PJ de Versailles. Mais d'autres journalistes point. Et Jean Christophe V* est formel : "Michel Fourniret ne m'a jamais appelé pour me souhaiter aucun de mes anniversaires, ni même envoyer une carte à cette occasion. Les policiers sont venus m'interroger dans le cadre du dossier Mouzin. D'après un relevé des services de télécoms Belges, Fourniret m'aurait appelé dans les jours qui ont suivi la disparition d'Estelle Mouzin, ou même le soir de celle-ci. Je n'ai jamais reçu cet appel ! Donc, je n'ai jamais répondu au téléphone !". Depuis, il n'a jamais changé de version...

Un témoignage confirmé

Sandrine, l'épouse de Jean Christophe V. ne se souvient pas non plus d'un appel de ce genre à l'époque. Elle n'a jamais rencontré Michel Fourniret, pas plus que la famille de celui-ci. En revanche, elle se rappelle d'autres coups de téléphone de son beau-père. "Dans mon souvenir, il a téléphoné chez nous trois ou cinq fois entre 2001 et 2003. Son dernier appel remonte à janvier 2003". Elle ne se souvient pas de la date exacte. Mais Sandrine V. ajoute : "Chaque fois qu'il l'a fait, c'était tard le soir (Estelle Mouzin s'est volatilisée en fin d'après-midi). Un soir, Jean Christophe était de garde à l'hôpital. J'ai donc conseillé à Michel Fourniret de rappeler le lendemain. Il ne l'a jamais fait !" Pour l'épouse du premier enfant de Fourniret, ce dernier devait - à l'époque - avoir envie de renouer avec son fils. Mais avec elle, il n'a jamais essayé d'instaurer le moindre rapport. "Lors de ses appels, il ne m'a jamais demandé qui j'étais, ni si nous avions des enfants. Quand j'annonçais que Jean Christophe n'était pas à la maison, il raccrochait". Elle non plus ne se souvient donc pas d'un appel téléphonique de Michel Fourniret le jour de la disparition d'Estelle Mouzin. Et elle explique que, s'il avait existé, "il serait intervenu tard le soir et que si son fils n'avait pu lui parler, il aurait aussitôt raccroché".

La police Belge doute de l'alibi

De plus, interrogé prudemment par les policiers Belges qui l'avaient interpellé, sur ce thème de sa relation avec ses enfants, Michel Fourniret avait été formel. À la question : "Leur téléphonez-vous ?", il avait répondu sans hésiter : "Non !". "Pour un anniversaire ?" avaient tenté les hommes de la PJ de Dinant. Fourniret, toujours aussi sûr de lui : "Pas plus !" Dernière tentative des enquêteurs de l'époque : "Et le 9 janvier 2003 ?". Là, Fourniret est moins catégorique : "Je ne me souviens pas...". Il avait répondu la même chose à la question de savoir où il se trouvait ce jour-là... Dès lors, l'alibi téléphonique de Michel Fourniret l'absolvant dans le dossier Estelle Mouzin en avait pris un sacré coup. Lui-même se tirant une balle dans le pied. Pourtant, les enquêteurs et les magistrats Français en restèrent là ! Monique Olivier, si c'est elle qui a lancé un appel téléphonique dans le vide, à la demande de Fourniret pour lui procurer un alibi, risque bien jeudi de faire définitivement voler celui-ci en éclat. Même si, seuls des aveux circonstanciés du tueur, faute d'éléments matériels, pourraient définitivement mettre un nom sur l'auteur de la disparition d'Estelle...

A. Hamon
Agence de presse CREDO