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Inscription à la Commission Paritaire des Publications et Agences de Presse publiée au JO du 14 novembre 1997

Affaire Benalla

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Quand le "facilitateur" de l'entretien d'A. Benalla au Monde passait les messages pour un voyou cité dans l'enquête sur l'assassinat du juge lyonnais Renaud

Cela remonte à bien loin, mais c'est le genre de péripétie qui reste gravé dans une vie... L'homme était plutôt sympa, hâbleur, grande gueule et, à l'époque, encore journaliste. C'est ainsi que le co-auteur de mon premier bouquin le connaissait, comme pas mal de confrères. Son titre préféré était Paris Match pour lequel il "montait des coups" photo. Car notre homme était surtout photographe.

Outre d'autres gens de presse il fréquentait pas mal de flics, d'avocats et... de voyous. Jusqu'ici, rien de très anormal dans un parcours de journaliste. C'est d'ailleurs grâce à lui que Dédé Lacaze, le directeur de la rédaction de RTL, ma maison mère, me décrocha un jour un rendez-vous avec Gilbert Zemmour, avec lequel j'entretins longtemps quelque relation qui, si elle ne nous faisait pas nous "taper sur le ventre", nous réservait des échanges fructueux et des rencontres insolites...
Mais les relations d'un journaliste avec des voyous, comme avec des flics d'ailleurs, dépendent surtout de ce que l'on en fait. Et c'est vrai que la démarche entreprise auprès de moi, un beau jour de 1983, par celui que mes confrères du Monde qui ont interrogé Alexandre Benalla, qualifient de lobbyiste m'interrogea longtemps. Mon co-auteur et moi venions de publier chez le fantasque mais efficace Alain Moreau, une somme sur la police française intitulée : Dossier P... comme Police. Notre encore confrère et déjà intermédiaire dans des dossiers parfois ardus, m'invitait à prendre un verre au bar du Fouquet's, sur les Champs Elysées. Vint le moment des confidences à voix basse. Dans notre ouvrage, nous égratignions pas mal de policiers, mais aussi quelques voyous. C'est pour l'un d'entre eux qu'intercédait mon interlocuteur. Nous avions écrit de Nicolas Caclamanos, dit "Nick le Grec" qu'il était inscrit au FSRB (fichier spécial de la répression du banditisme), soupçonné d'appartenir au célèbre gang des lyonnais. C'est à ce titre que son nom avait même été cité comme commanditaire éventuel de l'assassinat du juge Renaud en juillet 1975. Au Fouquet's je m'entends donc expliquer que Nick n'est pas content et que, si le bouquin connaît une seconde impression, il faudrait en extraire son nom. À tout le moins ne plus l'associer au FSRB. Personnellement, mon interlocuteur n'est pas menaçant, même pas véhément, plutôt tout en rondeurs. Non, ce qu'il me rapporte vient de Nick, ce ne sont que des citations du message qu'il veut me faire passer. Le marché est simple : où nous retirons le nom de Caclamanos de notre prochaine édition, où il nous fait un procès... Rien que cette possibilité-là me ravit...
Mais Nick peut aussi faire l'économie d'une audience et nous envoyer deux de ses gars à moto... Moins réjouissant, malgré la seconde tournée de champagne grand cru au bar du palace parisien... Averti, notre éditeur ne lâche rien ! Mieux, il colle un avertissement aux lecteurs en page 4 de notre deuxième tirage, fustigeant ceux qui voudraient nous faire taire. Longtemps je pris bien garde des motos que je croisais lors de mes pérégrinations. En revanche, le 10 janvier 1989, le Grec ne vit pas arriver les trois balles de gros calibre qui, à 60 ans, le ravirent à l'affection des siens. Depuis, j'ai suivi de loin en loin les activités de "Monsieur bons offices" de notre ex-confrère, en me disant que parfois, il prenait bien des risques à fréquenter certains personnages. Mais en revanche, le voir jeudi citer comme facilitateur dans le recueil des propos d'Alexandre Benalla au Monde m'a surpris. Même si l'on m'avait déjà informé qui lui était arrivé de donner un coup de main à Mimi Marchand qui s'occupe de l'image des Macron. Mais ce peut être le cas cette fois-ci puisque la dame en question a déjà dit que si elle avait "passé une tête à la fin de l'entretien, c'était un pur hasard...".

 

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