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Inscription à la Commission Paritaire des Publications et Agences de Presse publiée au JO du 14 novembre 1997

Manifs, casseurs et Cie…

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Autres temps, autres mœurs... ben non justement !

Il serait temps que, parmi les observateurs - quels qu'ils soient - des manifestations qui grondent, ceux des plus anciens d'entre nous qui semblent l'avoir perdue en appellent à leur mémoire, et que les plus jeunes consultent les archives...

13 janvier 1979, gare St Lazare. Pas de mal à m'en souvenir, j'y étais. Depuis quelques jours des manifestations plus ou moins organisées, plus ou moins violentes, embrouillent Paris. De plus en plus souvent des "casseurs" (c'est ainsi que les autorités les appelleront alors qu'eux se revendiquent d'un mouvement autonome) font dégénérer les défilés. (Çà ne vous rappelle rien ?). Ce jour-là, une poignée d'entre eux se donnent rendez-vous gare St-Lazare, semblant s'y réfugier après avoir cassé plusieurs dizaines de vitrines, pillé quelques magasins, incendié des voitures. En fait, ils ne pénètrent pas dans la gare par hasard. Par avance, ils ont bourré des consignes de barres de fer, de manches de pioches, de cocktails Molotov. Des policiers qui les poursuivent croient pouvoir les coincer dans l'enceinte SNCF, ce sont eux qui tombent dans un guet-apens. Six gardiens de la paix sont sérieusement blessés. Plusieurs d'entre eux sont extirpés d'une voiture de patrouille et passés à tabac (Çà ne vous rappelle rien ?). Neuf "casseurs" sont interpellés. Quatre d'entre eux l'avaient déjà été quelques jours plus tôt lors d'une manif qui s'était une fois encore mal terminée (Çà ne vous rappelle rien ?) Parmi eux, pas que des voyous ou des durs de banlieue. Deux sont étudiants à Tolbiac (Çà ne vous rappelle rien ?). Lionel, Vincent, Patrick et Frédéric seront condamnés en vertu de la récente loi "anticasseurs" à des peines allant de 2 ans à 6 mois de prison ferme...

La mémoire qui flanche...

Et voilà qu'aujourd'hui on entend des déclarations effarouchées de politiques, de syndicalistes policiers surtout, d'observateurs plus ou moins avisés qui nous serinent qu'aujourd'hui "la situation n'a jamais été aussi violente, grave, qu'on assiste à un véritable phénomène de guérilla urbaine, que les quelque 3 ou 400 casseurs qui se faufilent dans les cortèges sont là pour casser du flic, en blesser, voire en tuer". À la fin des années soixante-dix, des slogans anti-policiers criaient : "Pour un œil, les deux yeux ! Pour une dent, toute la gueule !". Revenir aux exactions du passé n'est en rien excuser ou banaliser celles d'aujourd'hui. C'est juste que l'on voudrait bien que les plus anciens aient la mémoire moins fragile ou sélective, et que les plus jeunes prennent au moins le temps de consulter des archives. Y compris dans les médias. Il fut un temps où les syndicalistes policiers encadraient les manifestations de lycéens pour mieux les protéger de débordements intempestifs. Aujourd'hui certains d'entre eux se réunissent à une poignée (1 200 à 1 500 selon Christophe Cornevin sur le site du... Figaro) place de la République pour défendre leurs mandants contre "la haine du flic". Il fut un temps où les responsables du maintien de l'ordre à la Préfecture de Police de Paris décidaient de nouvelles façons de faire (forces mobiles loin devant et derrière les cortèges, les encadrant mais à partir des rues parallèles à leur parcours) afin de ne pas attiser la vindicte des plus velléitaires. Aujourd'hui CRS et gendarmes mobiles sont au plus près des manifestants, à les toucher, scindant leurs marches revendicatives plutôt que d'isoler les noyaux durs. En 2008, dans l'Hérault, des viticulteurs très énervés expulsaient 6 gendarmes de leurs véhicules, retournaient deux de ceux-ci puis y mettaient le feu (Çà ne vous rappelle rien ?)... Michèle Alliot Marie, ministre de l'Intérieur, évoquait une tentative d'homicides (Çà ne vous rappelle rien ?). Autres temps, autres mœurs ? Ben non. Ah oui, le ministre de l'Intérieur a changé... Mais, en matière de maintien de l'ordre, il a bien retenu de ses prédécesseurs...

 

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